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Mémoire des traces nomades


النشـرة الفنيـة

تشكيـل
L'artiste plasticien Brahim EL HAISSAN expose à Rabat




 
Mémoire des traces nomades



النشـرة الإخبـارية

Said KARMASS
Enseignant et essayiste – Tanger


Avec le soutien du ministère de la Culture, l'artiste plasticien  et critique d'art Brahim EL HAISSAN présente ses nouvelles œuvres plastiques dans une exposition individuelle intitulée "Traces nomades" du 16 au 30 novembre 2018 à Galerie Mohamed El Fassi à Rabat. À cette occasion, l'essayiste et l'écrivain Sais KARMASS a écrit le texte suivant:






Traces, ou les tentations du Désert

 Ce qu’une œuvre d’art peut occulter, personne n’est en mesure de le révéler entièrement; aussi, pour les besoins de la cause, tenterais-je de ne pas tomber dans le syndrome de Stendhal qui consiste à cristalliser ses désirs propres dans un sujet de passion amoureuse(1); je ne suivrais donc pas les traces qui se manifesteraient ça et là, dans les nombreuses œuvres de Brahim El Haissan, à la recherche d’un sens caché ou d’une voie tracée, comme les mille et une constellations qu’un ciel clair daignerait montrer à un voyageur solitaire dans une sombre nuit de désert.
 Or, comme métaphore du temps, le désert séduit les cœurs et les esprits; il invite à l’aventure, stimule le risque; le risque de se perdre, de s’anéantir dans l’infini.
Celui qui s’y aventure, doit avoir beaucoup de courage; car il s’agit de traverser un univers toujours le même, mais jamais identique; y pénétrer nécessite beaucoup de souffle et de volonté. C’est un océan que l’on traverse debout, pas à la nage ; le but n’étant pas de trouver un havre  de paix, mais d’élever la conscience de soi, de sa valeur d’être humain dépourvu de tout pouvoir, hormis celui de créer afin de ne pas crever bêtement.
  De plus, comme métaphore de l’homme, «l’art, dit Malraux(2), est le monde de l’antidestin, (car) il est le règne de la liberté triomphante».
 Si la passion du Désert est d’effacer toutes les traces, celle de l’artiste, par contre, est d’en laisser sur cette Terre où il fut accablé et humilié.
 Avant de devenir passion, l’œuvre d’art est d’abord et surtout désir; par son acte créateur, il est donc question de faire valloir:
Désir contre passion
Transes contre traces
Volonté délibérée contre destin imposé
Tel est l’héroïsme de l’artiste
Telle est sa mission et sa grandeur qui luttent par ses créations contre la mort et l’anéantissement.
J’ai connu Brahim El Haissan comme artiste, comme enseignant et comme critique d’art à l’esprit dynamique  avec la sérénité d’un homme du désert.
A chaque rencontre, il me tend un article, (plus tard, se seront des livres) sur un sujet nouveau; son intérêt ne se limite jamais à un seul thème comme ferait quelqu’un qui se fixerait dans une spécialité au point d’en devenir expert, non ; il est telle une abeille qui se plait à goûter le nectar des mille et une fleurs avant de les transformer en un miel à la saveur unique. En tant que tel, Brahim El Haissan est un critique polyvalent et un intellectuel nomade, car ses déambulations dans le monde des arts sont des promenades dans les dédales d’un jardin merveilleux, des recherches assidues non seulement en quête des traces, mais aussi des sensations et pensées inédites. Ce sont là les trouvailles que seul un véritable éclaireur peut voir et faire voir, dans un univers riche en code et signes du Beau signifiant.



 Homme des livres et de l’écrit responsable, Brahim El Haissan est de ceux qui ne parlent ni
n’écrivent  avant d’avoir consulté les pères et les aïeux en la matière, laquelle peut embrasser des disciplines diverses: histoire, politique, ethnologie, psychologie, sociologie,…etc. El Haissan ne lésine jamais; il est prêt à battre tous les chemins qui le mèneraient là où il veut pour les besoins de son écrit. Toute sa fortune est une grande bibliothèque bien nantie de titres sonnants et trébuchants; aussi quand il entame un sujet, ce n’est jamais pour en faire une mince affaire de rédaction, lui dont la plume peut couler à flot s’il voulait bien s’amuser à jouer le critique pédant avec les mots et les tournures colorées. Au contraire, ce sera d’abord une période de recherche, de lecture et de documentation; puis, armé de ses blocs notes chargés d’une belle écriture, Brahim noircit des pages et des pages avec la passion d’un sportif et la patience d’un vieux sage hindou. Le résultat de ces prouesses ne peut être que plaisant.
Depuis l’instant où je l’ai vu pour la première fois, en 1996, dans un centre de traitement de textes, en train de corriger un texte destiné à être publié dans un quotidien, Brahim El Haissan a fait beaucoup de chemin dans la vie artistique et dans l’écriture;  ses œuvres et publications sont la preuve tangible d’un arpenteur des chemins de la création, d’un chercheur d’or. N’oublions pas que cette endurance vient d’abord de l’exercice de son art, de la manière la plus dévouée; ses œuvres, objet du présent catalogue, en témoignent amplement.

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[1] - De l’Amour, Armand Colin- Paris , 1958.
2 - La Métamorphose des dieux- Gallimard, 1957.

 
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